Top

Aznavour, c’est la vie

Lorsque l’on est français; c’est-à-dire un être vivant parlant la langue de Piaf en siégant dans l’hexagone; et que l’on a dépassé la trentaine, il n’y a pas foule de gens qui savent raconter notre vie à tous. J’entends par là, ce qui nous rassemble en société peu importe notre parcours et nos origines : l’amour, la peine, le temps qui passe, la solitude, le souvenir, la mort, la famille.

C’était le rôle des livres, à l’image d’un Philippe Labro et son «15 ans» par exemple, mais ils ont désormais bien moins d’écho qu’au siècle dernier. Une économie flamboyante autour d’un art majeur s’est effondrée, comme avec la peinture depuis que Dali et Picasso nous ont quitté la main tremblante, mais trop dorée pour raconter le peuple. Rares sont les auteurs reconnus pouvant vivre de leur plume au 21ème siècle s’ils ne sont pas signés chez Grasset avec donc des connaissances à St-Germain-Des-Prés, ce qui décourage de futurs écrivains de tous bords sociaux de s’exprimer par ce biais. C’est regrettable tant le livre est un exercice introspectif profond. Balzac et Rousseau ont ainsi raconté la vie de leurs pairs à travers des fictions incroyablement réalistes. «Les illusions perdues» et «Confessions» peuvent d’ailleurs encore raisonner dans l’esprit des hommes du 21ème siècle avec les thématiques de la quête de la gloire et de la vieillesse, car les mots choisis sont clairs, et sans fioriture. À l’instar de la poésie et de la musique pop française contemporaine (signée chez Universal à un arrondissement du 6ème…) qui mettent en scène en grande majorité la même caste parisienne. Les maisons d’édition donnent également la parole aux «communautés», en plus de celle-ci riche aux bons sentiments que l’on retrouve au cinéma avec des films d’appartement à 3000€ par mois. La religion ou la couleur de peau deviennent donc l’autre point de vue par lequel vont s’opérer les écrits des artistes exposés sur la place publique, ce qui empêche forcément ceux qui n’en sont pas de se projeter. C’est en tout cas nécessaire qu’ils existent pour comprendre le monde qui nous entoure, et les «riches» peuvent tout à fait produire de belles chansons et de beaux livres pour tous, est-ce utile de le préciser. Je regrette simplement que les artistes n’essaient pas plus souvent de relater ce qui nous réunit, et n’arrivent pas à se dégager de leurs codes sociaux. Le rap vient d’en bas dit-on, mais sa forme moins musicale et plus brute que le chant ne réussit pas souvent à toucher le coeur de toutes les générations. Il dépasse en tout cas depuis quelques années la sphère communautaire et réunit toute la jeunesse en sachant comment lui parler. Un constat me semble évident: dans n’importe quel style musical ou art, le risque de s’attarder sur le paraitre et les figures de style font sombrer la production dans quelque chose d’hermetique, reservé à un fragment de la population.

Pourquoi vouloir s’adresser à tout le monde, pourrait-on me rétorquer ? Chaque artiste s’exprime comme il le souhaite et pour les siens. Il est impossible de séduire tout le monde pourrait-on préciser ! Or, pour les plus de 30 ans, je pense qu’un artiste toujours vivant a réussi à s’adresser à tout l’auditoire français sans vendre son âme au commerce, et ce avec la même puissance pour tout le monde : Charles Aznavour. La sincérité passant avant la performance, l’écriture aiguisée comme s’il parlait dans la rue avec les bons mots, l’apparence d’un monsieur tout le monde plutôt que se dessiner un personnage fictif…Le travail de cet homme vers la simplicité en font artistiquement le plus proche de ce même silence qui rythme nos vies à tous depuis des millénaires. Je trouve cela très courageux de s’imposer sur scène sans se sur-habiller, et de laisser les mots raisonner sans crier.

Comme beaucoup, je suis un chanteur américanisé, happé par la culture du paraitre d’Instagram ayant puisé dans ses origines une différence artistique qui au final n’est pas nécessaire. Maintenant que j’ai vécu un peu plus qu’avant, je compte relater la vie avec cette sincerité qui réunit les grands auteurs, peintres et chanteurs. J’ai donc du travail, et la première étape est de travailler l’écriture, qu’elle saigne. Et de me débarasser des apparats, vocalement et physiquement.

Mr Aznavour m’a félicité un beau jour pour la reprise d’un de ses classiques «Mourir d’aimer» que j’avais enregistré avec un guitariste suite à un concours gagné à la radio 88.2fm en 2009 devant Sofiane, un rappeur qui a parfois le mérite de laisser transparaitre une sincérité intemporelle à travers le rap. Cette reprise acoustique et simple a été partagée sur la page facebook de Mr Aznavour, et je n’avais jamais eu autant de «j’aime» avec mes latineries habituelles. J’ai reproduis ce shéma de faire confiance au texte et au silence en reprenant «Mon Vieux» de Daniel Guichard/Jean Ferrat : 500.000 vues sur Facebook et un bravo de Mr Guichard lui-même.

Daniel Guichard – Mon Vieux (par G.No)

Connaissez-vous cette chanson de Daniel Guichard ?c'est pour moi un des plus beaux textes français…Pour nos papas…Sur Deezer: http://deezer.com/fr/album/47966982

Publiée par G.No sur Dimanche 16 juillet 2017

À mon tour donc d’essayer de chanter la vie. J’ai du travail, beaucoup de travail, car je dois désapprendre…

G.No

Nous suivre sur instagram